Innovations pédagogiques à la faculté : Entretien avec Nicolas Picard

La pharmacie expérimentale telle que vous l’avez connue avec sa collection de VIDAL et ses étagères de médicaments, c’est terminé ! Et cela grâce à un projet porté par différents acteurs au sein des facultés de médecine et pharmacie. Nicolas Picard est l’un d’entre-deux, il nous parle aujourd’hui de ce projet de long terme et de toutes ses composantes.  Entretien …

En 2018, le projet d’installer un centre de simulation dans la pharmacie expérimentale de la faculté est soutenu par l’ARS, Agence Régionale de Santé. L’idée ? Offrir aux étudiants de ces filières un espace dans lequel ils pourront « appliquer les savoirs universitaires au travers de mises en situation concrète », comme nous l’explique Nicolas Picard, convaincu que « les étudiants ont beaucoup à y gagner ».

A l’origine le projet est interdisciplinaire avec la faculté de médecine et centré sur la gestion des évènements indésirables associés aux soins et l’annonce d’aléas thérapeutiques. Cela a permis de faire les travaux à la pharmacie expérimentale. Des cloisons mobiles et fixes ont été construites afin de redécouper l’espace, notamment avec une régie, un lieu dédié aux simulations, une régie et un espace de débriefing.

En quoi vont consister ses séances de simulation ? Comment vont-elles se dérouler ?  

Le déroulement de séances de simulation est cadré et codifié de manière complétement non spécifique à la filière, à la formation. C’est le même schéma partout, avec trois phases : Accueil, Simulation, Discussion. On remarquera des ressemblances par exemple avec les mises en situations de l’AFGSU (formation aux premiers secours dispensée en 3ème de Pharmacie) par exemple.

L’accueil consiste à expliquer au public le principe de la séance et à donner le contexte de la situation à celui qui va vivre la simulation. Par exemple, « Vous êtes le pharmacien, vous avez avec vous un préparateur qui est actuellement occupé à réceptionner la commande du matin, votre assistant n’est pas disponible, et vous avez un patient qui vient vous voir avec une ordonnance. »

« Et à ce moment-là, vous rentrez dans la situation. Le patient qui est joué par un acteur, vient réellement vous voir avec une ordonnance et vous questionne. Vous [les étudiants] allez réagir comme vous le feriez dans une situation réelle », détaille Nicolas Picard.

En effet,  l’étudiant est complètement immergé dans une situation avec des acteurs jouant le patient, le préparateur… Ces derniers ayant des consignes à suivre comportant des attitudes claires prédéfinies adaptées aux comportements et aux choix adoptés par l’étudiant.  Cette partie simulation ne devrait pas excéder 20min, car c’est un moment « intense » pouvant presque « être traumatisant » selon notre interlocuteur vu que les situations dans lesquelles la personne est immergée comportent forcément un problème à résoudre avec des attitudes à avoir.  Le financement pour ces acteurs qui font vont faire vivre cette stimulation est déjà obtenu.

La partie suivante est sans doute la plus importante, il s’agit du débriefing, l’étudiant ayant vécu la simulation rejoint ses pairs qui ont observé la scène et une discussion commence. Celle-ci n’est pas une évaluation, c’est un échange et Nicolas Picard insiste sur « la bienveillance dans laquelle ses échanges dont le but est notamment de réfléchir sur ses pratiques ». Il faudra surtout identifier les points forts pour les renforcer.

Quel sera l’intérêt pour les étudiants ?

« C’est une approche par compétence, le fait de savoir gérer techniquement un problème ne signifie pas que vous allez être capables de le gérer en situation, avec d’autres patients dans la pharmacie »

Nicolas Picard

Les séances de simulation doivent reposer sur des objectifs de formation très clairs. Notre interlocuteur donne comme exemple la mobilisation des ressources disponibles, le respect de la réglementation de l’HAS, la reconnaissance d’une urgence.

Il ajoute, « Cette méthode très utilisée en médecine vient initialement de l’aéronautique, avec de la gestion de crise : je délègue, je mobilise les ressources disponibles, j’appelle à l’aide.  Le but c’est de faire face à une situation de façon neutre sans risque avant d’y être réellement confronté »

« En 6ème année quand vous allez être en stage, vous allez forcément être confronté à l’appel d’un médecin pour un problème lié à une délivrance par exemple, c’est plus confortable de se dire que j’ai déjà vécu cette situation donc je sais quelle attitude je dois avoir »

En bref, il s’agit de développer des attitudes, un savoir-être, avec comme socle commun le savoir universitaire. Ce qu’on définit souvent comme « les choses qu’on nous apprend pas à la fac » mais qui grâce à ce système deviendrait en partie saisissable pour les étudiants avec toujours un fond de neutralité sécurisant.

Quand auront lieu les premières séances, dans quelles modalités ?

N.P. : « Dans un premier temps, pour les P3 en spé officine dans le module sur les interactions médicamenteuses, avec des mises en situation pratique lors de séances comprises dans l’emploi du temps. Toujours avec le modèle codifié et commun. »

En effet, les premières séances auraient dû avoir lieu en Mars 2020 mais le contexte sanitaire les a reportées au mois au mois de Mars 2021. Il y aura un retour d’expérience de ces séances qui permettra d’en évaluer le bénéfice auprès des étudiants.

Ce projet d’innovation pédagogique comporte une composante encore en cours de construction et de financement incluant cette fois les casques de réalité virtuelle dont disposent déjà les facultés de pharmacie et médecine. Pouvez-vous nous en parler ?

N.P. : « L’idée est d’utiliser la pharmacie expérimentale mais pas pour de la simulation présentielle en temps réel. On a une caméra 360, un acteur qui joue le rôle du patient, le pharmacien en face du patient et ensuite l’étudiant qui assiste à la scène grâce au casque. Il disposera de différents points avec lesquels il pourra interagir. Par exemple en cliquant sur l’ordonnance il pourra la visualiser, en cliquant sur le patient, ce dernier lui racontera son historique au moyen d’une séquence vidéo, ça peut être aussi le téléphone qui permet de consulter un médecin,… On a aujourd’hui les logiciels nécessaires pour construire ce genre de choses en partant d’un scénario. (…) J’ai ce problème, qu’est-ce que je fais en priorité ? Est-ce que j’appelle le médecin, est-ce que je peux le corriger moi-même ».

Cette activité devrait plutôt être réalisée en autonomie par les étudiants, dans le cadre du Tutorat des Années Supérieures de Pharmacie. Ainsi animée sous la forme de cours du soir, le but est d’accompagner les étudiants dans l’acquisition de leur savoir universitaire. Avec des scénarios qui pourraient reprendre certaines notions théoriques vues par les étudiants, par exemple un scénario sur l’identification d’un syndrome sérotoninergique, sur une intoxication par un champignon, ou un médicament… « Quand on l’a vu une fois, on comprend pourquoi on l’apprend et on l’apprend plus facilement », insiste Nicolas Picard

« Quand on l’a vu une fois, on comprend pourquoi on l’apprend et on l’apprend plus facilement »

Quelles sont les étapes de développement de cette partie ?  

Le point départ du développement serait d’identifier les besoins des étudiants, cela passerait par les comptes rendus des réunions pédagogiques menées par les représentants de promotion mais aussi encore une fois par le Tutorat de Pharmacie. Ce dernier pourra ensuite co-construire avec les responsables dans le corps enseignant des différentes matières concernées les scénarii. Les réponses pour le financement de ce projet devraient arriver en début d’année 2021.

Le point départ du développement serait d’identifier les besoins des étudiants, cela passerait par les comptes rendus des réunions pédagogiques menées par les représentants de promotion mais aussi encore une fois par le Tutorat de Pharmacie. Ce dernier pourra ensuite co-construire avec les responsables dans le corps enseignant des différentes matières concernées les scénarii. Les réponses pour le financement de ce projet devraient arriver en début d’année 2021.

Dans l’avenir, ces techniques numériques pourraient servir pour des formations visant les professionnels, notamment vis à vis des Nouvelles Missions du Pharmacien. On peut imaginer des simulations sur les entretiens thérapeutiques permettant un échange de pratiques et de méthodes.

Cet article se clôture par une dernière question à Nicolas Picard, que je remercie, j’espère que cet article vous aura permis un moment d’évasion pendant cette période de confinement. Merci également à Thibault Laurès pour l’illustration.

Diane Slifirski,

VP en charge de la filière Pharmacie

Avez-vous un message pour les étudiants de notre faculté ?

« On reste disponible pour les accompagner, on a la chance quand même à Limoges d’être une petite fac, c’est un bénéfice qu’on voit parce qu’on se connaît, on vous connaît. Ce qui n’est pas forcément des choses qui sont possibles à plus grande échelle. Et ça reste vrai quand on est à distance, vous avez la liberté de nous écrire et je pense qu’il ne faut pas hésiter à le faire. On n’a pas des promotions de 500 ou 600 étudiants à gérer, donc si on reçoit des questions sur un cours, on peut complétement les traiter. Il ne faut pas hésiter à se saisir de cette opportunité. Quand je discute avec des collègues de d’autres facultés, ils ne connaissent pas leurs étudiants parce qu’ils ont des promotions dont la taille ne permet de savoir qui est dans quelle promotion etc.… On fait des ED avec des groupes de 18 alors que dans certaines facultés, ce sont des groupes de 60 à 80. Là on est dans une situation où on n’a plus ces contacts physiques mais on reste disponible. On a une échelle qui permet de rester joignable et de garder ce lien. C’est aussi cette échelle qui permet d’envisager des projets comme ceux-là. Donc si j’ai un message à faire passer aux étudiants c’est bien de profiter de ça ! »

POUR EN SAVOIR PLUS

Le site du Département Universitaire de l’Enseignement Numérique En Santé :

Le Tutorat des années supérieures

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