Entretien avec Bertrand Courtioux, nouveau doyen de la Faculté de Pharmacie

Après son élection cet été, Bertrand Courtioux, enseignant de Parasitologie, a  pris ses fonctions de Doyen de la Faculté de Pharmacie de Limoges le 1er Septembre 2020. Il nous raconte dans un entretien son parcours, ses projets et ses motivations. Et nous parle également de son équipe et de sa vision pour la faculté.

Bonjour Monsieur, vous avez été élu Doyen de la Faculté de Pharmacie au mois de Juillet dernier et vous avez pris vos fonctions en Septembre. Tout d’abord, pouvez-vous nous parler de vous et de votre parcours professionnel ?

B.C. : « Je suis enseignant-chercheur, j’étais responsable, jusqu’à mon élection, des 4èmes années [de pharmacie] et j’ai la responsabilité du master zoonoses et environnement. J’étais maître de conférences avant de passer mon concours de Professeur des Universités en début d’année 2020.« 

Félicitations ! Comment cela se passe exactement ?

« Merci ! [Rires] En fait dans ta carrière à partir du moment où tu as un certain nombre de résultats en termes de travaux de recherche et de responsabilités administratives, tu passes la qualification de Professeur des Universités que tu peux comparer à une agrégation. J’ai obtenu ma qualification en 2019. Et cette qualification m’a ensuite permis de passer le concours de Professeur des Universités.« 

En quoi consiste cette qualification qui permet donc ensuite de devenir Professeur des Universités ?

« Ça se passe comme l’agrégation c’est-à-dire que l’on passe devant un jury de pharmaciens et donc pour ma discipline on m’a posé des questions sur la parasitologie et j’ai dû préparer un cours destiné à un niveau 4ème année. Cela est suivi de questions sur la carrière. Après avoir passé ces épreuves j’ai été qualifié puis un poste a été ouvert ici à Limoges. J’ai postulé et j’ai été sélectionné ce qui m’a permis d’être nommé Professeur des Universités début Septembre.« 

Quel a été, en parallèle, le chemin jusqu’à votre prise de fonction au poste de Doyen ?

« Dans le même temps Monsieur Duroux terminait son mandat. On a eu des discussions au sein de la Faculté avec des candidats potentiels, ça ne se fait pas tout seul c’est une équipe. Il n’y avait pas de candidat ouvertement déclaré, et j’étais intéressé pour prendre la suite de cette fonction, donc avec David Léger on a constitué une liste.« 

Cette liste, cette équipe, justement quelles sont les personnalités qui la composent et quels sont leurs rôles ?

« Il y a David Léger, comme vice-doyen, Nicolas Picard comme responsable pédagogique et en charge des  innovations pédagogiques et Serge Battu qui lui est responsable de tout ce qui est formation continue à destination des professionnels. David Léger a une vision sur l’ensemble de la pédagogie, le suivi des filières. Et donc pour moi, tout le reste, c’est-à-dire la partie administrative, la représentation de la Faculté dans les différentes commissions.« 

Des commissions au niveau de l’université entre autres ?

« Alors il y a une commission des Doyens au niveau de l’université qui permet d’avoir des informations de la part de la présidence de l’université et qui nous sont utiles pour gérer la faculté sur le plan administratif. Et il y a la conférence des Doyens de Pharmacie qui nous permet d’avoir un suivi sur l’évolution des textes en vigueur régissant les études pharmaceutiques et l’environnement pharmaceutique au sens très large. Donc ce sont  deux commissions importantes pour la gestion de la faculté de Pharmacie. Ensuite, dans mes missions il y a aussi de la représentation dans des commissions au sein de l’hôpital.« 

Donc tout ça c’est le point de départ, maintenant est-ce que vous avez des projets sur le long terme, des choses que vous voudriez changer, mettre en place, ou du moins faire évoluer ?

« Un des projets c’est de passer un maximum de choses concernant la gestion de la faculté en numérique, ça paraît peut-être anecdotique comme ça. Mais quelque chose de très concret, pour les conventions de stage on était encore sur des bases papiers et on ne peut plus fonctionner comme ça. Donc on essaie de tout dématérialiser. De la même façon les procédures d’agrément pour être maître de stage seront dématérialisées. Il s’agit donc de simplifier les démarches pour tout le monde. Un gros travail a été commencé par les deux secrétaires du Doyen pour cette dématérialisation.

Ce qui emmène à un autre point, en prenant mes fonctions je voulais faire un message à tous les pharmaciens d’officine mais on n’avait pas de liste de diffusion donc grâce à la dématérialisation on va pouvoir recueillir toutes les adresses des pharmaciens au moins du Limousin et ainsi pouvoir échanger et communiquer avec eux. C’est important pour nous pour faciliter notre communication, les solliciter pour des formations, la taxe d’apprentissage* etc…« 

*Cette taxe est payée par les entreprises et peut être reversée à la faculté qui utilise cet argent pour financer de l’investissement/des équipements pour la Faculté de Pharmacie par exemple les écrans dans les halls ont été financés par cette taxe.

Il s’agirait donc d’ouvrir d’avantage la faculté sur l’extérieur ?

B.C. : « Oui et également communiquer et échanger d’avantage avec les professionnels tout simplement. On veut échanger avec eux via les différents syndicats, les associations des maîtres de stages pour les aider et leur proposer des formations. Par exemple on donne les agréments de maîtres de stage aux officinaux mais derrière il y a pas forcément de formation. On pense qu’il serait intéressant de former les maîtres de stage sur 3-4heures par exemple et pourquoi pas en ligne. Donc participer à la formation des maîtres stages pour que les étudiants soient accueillis dans de meilleures conditions et pour que les pharmaciens soient aussi cadrés sur ce qu’on attend d’eux en termes de formation. Donc on veut créer un lien plus fort avec les officines.

Un des projets que l’on a avec le CHU aussi, c’est ouvrir les terrains de stages AHU en 5ème année à des hôpitaux comme Brive, Tulle, Guéret, Saint Yrieix et d’autres qui ont des PUI, des services cliniques avec parfois des effectifs réduits, et je pense que ces hôpitaux verraient d’un bon œil l’arrivée d’externes en pharmacie.

Les objectifs sont multiples, vous faire découvrir ce qui se passe dans les hôpitaux autre que Limoges, mais aussi par rapport à l’attractivité du territoire. Un étudiant qui arrive à Limoges et qui fait ses études et ses stages en officine dans cette ville, ne va pas forcément voir comment est la vie à Brive par exemple, qui peut-être attractive pour lui aussi. Avec l’idée que plus tard quand il va être professionnel il pourra s’installer là-bas puisqu’il connaîtra le secteur.« 

En effet, même pour les étudiants qui voudraient travailler en milieu rural c’est intéressant de connaître le fonctionnement des hôpitaux périphériques comme ceux-là j’imagine.

« Voilà, je pense que c’est bénéfique pour le territoire, pour les étudiants et pour les services hospitaliers.« 

« – Tu fais où ton stage cette année ? – Je ne sais pas y’a trop de choix ! »

En imaginant une meilleure situation sanitaire, qu’est-ce qui va changer au niveau de l’international ?

B.C. : « En imaginant que le Covid va disparaître rapidement, au niveau international, ce serait de favoriser les échanges notamment pour les stages hospitaliers de 5ème année.  Jenny Cook-Moreau en est la responsable avec Patrick Trouillas maintenant qui prend ma suite en tant que co-responsable, puisqu’il a pas mal de contacts avec les pays de l’Est.

Pour les étudiants qui souhaiteraient faire une année complète ou un semestre à l’étranger, jusqu’à présent c’était possible mais peu d’étudiants l’ont fait car cela impliquait de redoubler son année ici à Limoges. En effet, les études n’étant pas forcément les mêmes en France et à l’étranger, les enseignants étaient un peu réticents à donner des équivalences. Donc on va rediscuter pour voir comment envisager ces semestres par équivalence.« 

Est-ce que des cours en ligne pourraient être envisagés pour permettre aux étudiants à l’étranger de suivre certains cours donnés en France ?

B.C. : « C’est à envisager. C’est sûr on va apprendre du Covid, on va continuer à fonctionner avec du virtuel quel que soit le contexte. Je ne suis pas opposé, mais l’organisation est à voir pour que l’étudiant puisse aussi vivre, suivre les cours et s’intégrer dans fac qui le reçoit. Et ça ferait un double cursus à suivre pour l’étudiant donc je suis plutôt sur le principe d’équivalent c’est-à-dire ce qu’il a vu là-bas il le valide ici.

Après on parle beaucoup d’échange d’étudiants mais je suis aussi favorable à ce que les enseignants aillent à l’étranger, voient comment ça se passe mais aussi à l’accueil d’enseignants étrangers. Ce n’est pas que l’on ne l’a pas mis en place mais c’est que l’on n’a pas une attractivité qui est énorme pour l’instant. Avec tout le respect que j’ai pour Limoges, on n’est pas Paris et c’est sûr qu’un enseignant qui est à Londres n’a pas forcément envie de venir à Limoges. Mais il faut que l’on se débrouille pour améliorer cette attractivité. Ces enseignants pourraient venir pour des conférences plus ou moins obligatoires pour les étudiants avec des thèmes d’actualités ou autres.

Par ailleurs au sujet des conférences, on a manqué de temps mais on voulait mettre un place une conférence sur les problématiques du Covid pour que les étudiants de 2ème et 3ème années qui n’ont pas eu de cours de virologie puissent avoir des réponses et un message autre que celui de la presse grand public. On avait aussi pensé à des conférences sur le thermalisme qu’on n’enseigne plus à la fac mais qui est toujours d’actualité à l’officine. Le but est que chacun puisse faire sa culture pharmaceutique, et ce sont des choses qu’on voudrait mettre en place dans les mois à venir.« 

Quelle vision avez-vous de la vie étudiante et du milieu associatif au sein de la faculté ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

B.C. : « Cela va faire 20 ans que je suis dans les murs de la faculté et 10 ans que je suis maître de conférences, j’ai fait ma thèse ici. Donc j’ai vu évolué la faculté de pharmacie et très clairement sur ces 10 dernières années elle a très bien évolué, aussi bien dans son fonctionnement administratif que dans sa reconnaissance au sein de l’université. Mais c’est aussi le cas au niveau étudiant, vous [les étudiants] avez fait un travail qui est tout simplement énorme !

« C’est remarquable et je vous tire mon chapeau. Je n’ai pas le souvenir quand moi j’étais étudiant qu’il y avait autant de dynamisme chez nous.« 

Bertrand Courtioux

Pour le Tutorat [Santé Limoges], sa reconnaissance est maintenant indéniable, vous avez su planter toutes les sociétés privées de préparation au concours. Vous êtes vraiment leader là-dessus et ça vous demande à vous les étudiants beaucoup d’investissement. C’est remarquable et je vous tire mon chapeau. Je n’ai pas le souvenir quand moi j’étais étudiant qu’il y avait autant de dynamisme chez nous. On critique parfois les étudiants en disant maintenant ils ne sont pas autant impliqués que nous mais c’est plutôt votre implication qui a changé et qui est mise au service des étudiants entre vous. C’est très positif.

La Corpo et Humani’lim, là on le voit moins à cause du Covid, ce que vous faîtes au sein de la faculté comme Octobre Rose dernièrement ou d’autres actions tout au long de l’année. Mais toutes ces choses sont vraiment remarquables et je crois qu’il va falloir qu’on vous accompagne le plus possible dans toutes ces démarches quitte à s’impliquer un peu plus.« 

« Il y a les Foulées du Populaire par exemple, avec la lutte contre le cancer, à titre personnel j’y participe, mais il faudrait peut-être qu’on coordonne nos actions, et qu’avec quelques enseignants on monte une petite équipe d’enseignants qui vont courir avec les étudiants. On est là pour vous soutenir.  Car on a tous les mêmes objectifs au final, et je ne sais pas si on peut parler de créer de la cohésion mais au moins de créer un lien entre enseignants et élèves.« 

A ce sujet, la Corpo a vu naître cette année une commission Sport justement avec à sa tête Louis Trémouille.

« C’est très bien ça ! Même les challenges de sport interuniversitaires c’est très bien !« 

Et il y des équipes de sport universitaire qui se montent, avec entre autres une équipe de rugby.

« Alors je n’irai pas m’y mêler, c’est le cas de le dire (rires) !  Mais s’il y a besoin de soutien, si on a connaissance des évènements et qu’il faut aller faire les supporters à un moment ou au moins être présents, n’hésitez pas à nous solliciter !« 

J’imagine que ça apporte une certaine visibilité à la faculté ?

« Oui c’est de la visibilité et en dehors de ça c’est aussi de la cohésion. Et ces projets ont un côté social et humain que je trouve valorisant, ce sont des choses que je soutiendrai sans problème.« 

Vous avez quasiment déjà répondu par tous les éléments que vous avez donnés. Mais je vais quand même vous posez la question, avez-vous un message à faire passer aux étudiants en Pharmacie de votre faculté ?

« On est dans une petite faculté, il faut que l’on soit solidaire avec vous. C’est pour votre avenir que vous êtes là !

Ce chemin est assez long, il y a pleins de situations où on peut vous aider, partager et vous accompagner au mieux. On est prêts à le faire pour ce qui est académique et aussi pour tout ce que vous faîtes à côté.« 

Merci beaucoup Monsieur de m’avoir accordé cet entretien, et bon courage bien sûr pour ce mandat.

Diane Slifirski

Encore un grand merci à Thibault Laurès pour les illustrations.

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