Préparer l’internat de pharmacie : entretien avec Françoise Marre-Fournier

La préparation au concours de l’internat de Pharmacie est un long parcours sinueux. Quatre ans après la PACES, l’étudiant·e ressort ses plus beaux surligneurs, son thermos de café et toutes les fiches accumulées pendant ces années. Françoise Marre-Fournier, enseignante à la Faculté de Pharmacie de Limoges, nous détaille tous les conseils d’organisation et d’apprentissage pour réussir au mieux ce concours.

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Comment avez-vous mis en place la préparation du concours à la faculté ?

Françoise Marre-Fournier : « La réforme des études de pharmacie a déplacé la date du concours de l’internat. En effet, il avait lieu en mai de la cinquième année et a été avancé à la mi-décembre, ce qui privait les étudiants de quelques mois de révisions. Alors avec Sylvie ROGEZ que je seconde dans la responsabilité de la filière internat, nous avons décidé de mettre en place cinq concours blancs au début de la cinquième année, afin d’entraîner les étudiants dans des conditions proches du concours. Cela permet aussi d’une part de leurs apprendre à gérer le temps et d’autre part de pointer du doigt, lors des corrections, ce que j’appelle des « horreurs » c’est-à-dire des fautes impardonnables.  Il s’agit pour les étudiants d’identifier leurs points forts et leurs faiblesses. »

À un·e étudiant·e de deuxième année qui envisagerait de passer le concours de l’internat, est-ce que vous lui conseilleriez de travailler de manière spécifique dès la P2 ?

Françoise Marre-Fournier :  » Oui, c’est très fortement recommandé. Je vais prendre un vieil exemple qui est le mien. J’ai passé mon internat à Marseille en 1987 et j’ai commencé à travailler dès la deuxième année. Le programme des études inclut le programme de l’internat. Il y a des thèmes qui tombent au concours et qui sont abordés dès la deuxième année, par exemple les anti-inflammatoires, entre autres…

Dès la deuxième année, l’objectif est de progresser dans les études et dans le même temps de se préparer au mieux pour le concours. Souvent, les étudiants comprennent mal que puisque le programme du concours fait partie de celui des études, il n’y a pas un double travail à fournir. »

« Le concours ne se prépare pas en un an, si on commence en deuxième année, on a trois ans pour comprendre, apprendre et s’entraîner. »

Quelle UE spécifique faudrait-il choisir en P2 pour mettre toutes les chances de son côté ?

FMF : « Pour quelqu’un qui est vraiment décidé à se lancer dans l’internat, il faut suivre l’UE spécifique 4-9. C’est l’UE d’entraînement aux exercices. En effet, ce qui fait la différence au concours, et tout le monde s’accorde pour le dire, c’est la réussite aux exercices. C’est pourquoi, il faut s’entraîner à la manière d’un sportif ou encore d’un musicien qui répète ses gammes jusqu’à répondre par réflexe.

L’épreuve demande de répondre à cinq exercices en deux heures, donc encore une fois le temps est le grand enjeu. Il ne faut pas chercher à comprendre la mécanique d’un exercice le jour du concours. C’est pour cela qu’il faut s’entraîner et s’entretenir tout le temps.

Au-delà d’avoir le concours, il y a l’intérêt à être bien classer pour avoir le choix de sa spécialité et de la ville de son internat. »

LES CINQ CONSEILS DE FRANCOISE MARRE-FOURNIER

 1. Faire des fiches dès la P2, cela signifie de «remettre les cours à sa sauce»

2. Travailler en groupe, de 3 ou 5 en se basant sur ses affinités personnelles et selon les méthodes de travail. Le fait d’être un chiffre impair a son importance pour trancher dans les décisions, départager deux visions différentes. D’une part, cela va jouer sur la partie psychologique et motivationnelle. D’autre part, cela permet de s’interroger mutuellement, de poser des questions aux autres membres du groupe… En expliquant aux autres, l’étudiant·e pourra renforcer ses propres connaissances et mettre le doigt sur les éléments moins bien maîtrisés.

3. Le rythme doit être régulier pour que l’imprégnation soit progressive.

4. Refaire les annales que l’on peut trouver sur le site du CNCI ou le site de Remede.org. Il convient de ne pas remonter au-delà de 5 ans, car les sujets sont devenus obsolètes. « 

5. S’appuyer sur d’autres sources que le cours. Il existe de bons bouquins et des bouquins à fuir. Je recommande notamment la collection DEBOECK. Malheureusement, il n’existe pas de bons livres d’entraînement aux exercices. »

En termes de rédaction des copies, quelles sont les choses à faire ?

FMF : « Il faut être efficace le jour J. Répondre à la question, rien qu’à la question, et à toute la question, de manière efficace sans se perdre dans des détails mais en donnant tous les éléments requis. Sans oublier de répondre au bon endroit et non dans la question suivante, ce qui se voit malheureusement encore trop. »

Quelles sont les erreurs à éviter dans les jours qui précèdent le concours ?

FMF : « Les nuits blanches… Il faut dormir normalement et si possible se détendre. Faire une activité qui nous fait plaisir, courir, manger du chocolat… Cela peut être tout ce que l’on souhaite. Pas forcément à Rungis (lieu de passage du concours), mais dans les deux-trois jours qui précèdent le concours, se faire cocooner, s’offrir un moment de bien-être quelle qu’en soit la forme. »

Certaines années, les étudiants s’organisent pour être dans le même hôtel ? Bonne ou mauvaise idée ? 

FMF : « C’est pas mal, ça permet d’être entouré et d’activer quelques connexions en parlant un peu des épreuves. C’est bien aussi pour parler d’autres choses, se changer les idées… »

Beaucoup d’étudiants changent de filière en cours de route, quelles en sont les raisons ?

FMF : « Préparer l’internat est un travail de longue haleine, il faut être sûr qu’intellectuellement, moralement et avec l’entourage, on arrivera à aller au bout. Il y a des changements de filières dans les deux sens. Certain·e·s découvrent que les métiers ne leur correspondent pas ou en travaillant l’été en officine, ont eu un déclic pour cette filière. D’autres décident de passer dans la filière internat en quatrième année et dans ce cas il y a forcément du travail à rattraper mais nous laissons la liberté de le faire. »

Quel a été le meilleur résultat obtenu par un étudiant ou une étudiante de Limoges ?

FMF : « Pour l’instant, le meilleur résultat est 4e et a été obtenu l’an dernier par une étudiante qui le passait pour la première fois. Si on remonte à plus de 10 ans, on trouve une 3e place attribuée à une étudiante qui elle aussi, passait le concours pour la première fois.»

Est-ce qu’il y a un profil d’étudiant·e qui réussit mieux ?

Françoise Marre-Fournier : « Non, il s’agit de connaître ses faiblesses et de trouver des moyens de les contourner ou de les travailler. Dans les dix dernières années, j’ai été surprise par certains étudiant·e·s qui ont été au-delà de ce que j’avais pu imaginer pour leur réussite et l’inverse également. »

Pour finir cet entretien, je pose toujours la même dernière question, est-ce que vous avez un message à faire passer aux étudiant·e·s ?

Françoise Marre-Fournier : « Faîtes-vous plaisir dans ce que vous faites ! Essayez de trouver dans vos études comme dans votre vie privée quelque chose qui vous satisfasse. Nous l’oublions, d’autant plus en cette période, mais il faut trouver des sources de respiration, de joie, de sourires. »

Merci à Thibault Laurès pour les illustrations et Clément Bras pour la mise en page.

Diane SLIFIRSKI

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